Les soi-disant dons de Feminis

Dr. Karl Kempkes

Les soi-disant dons de Feminis

Résumé:
L’assertion que Giovanni Paolo Feminis (date de naissance inconnue- décédé en 1736 à Cologne) disposait d’une fortune  importante sera réfutée dans le texte suivant. Cette idée émane du fait qu’il aurait soi-disant effectué un don important  à l’église de sa ville natale Santa Maria Maggiore qui   devait être réparée. D’après Maurizi et bien d’autres auteurs, Feminis aurait mis la somme de 60 000 lires à la disposition de la ville afin de voir l’église  reconstruite. Maurizi s’appuie sur Scaciga qui lui-même se rapporte à Cavilli . Dans « Cenni statistico e storici de la valle Vigezzo » (1845), ce dernier mentionne les soi-disant donations provenants de Feminis sans pour autant mettre en avant la moindre preuve. Il est de plus impossible de se rapporter aux véritables documents officiels relatant la situation financière et aux dons de Feminis, puisque les documents n’existent plus. Lorsque l’on analyse des correspondances qui se trouvent dans les archives de l’entreprise Jean Marie Farina vis à vis de la place Julière à Cologne, les conclusions de Mönckmeier-Schaefer semblent se vérifier. Selon lui, Feminis aurait effectué une donation d’une somme de 100 dopiens (= 2500 lires) qui serait allée à la caisse des donations créée par Jean Marie Farina  ainsi que d’autres personnalités de la ville de Santa Maria Maggiore. Feminis aurait de plus promis un second versement du même montant, seulement  à la grande déception de tous, ni lui ni sa veuve ne tinrent parole. Les données mentionnées ci-dessus peuvent être vérifiées dans des courriers de Jean Marie Farina. Dans ces lettres Farina tente en vain de convaincre Feminis de faire preuve de générosité en contribuant aux donations.

1. En fonction des sources dont nous disposons, que pouvons nous dire concernant la fortune de Feminis ?
2.  La richesse de Feminis étant donc à remettre en question, est-il possible qu’il ait vraiment pu jouer un rôle dans la production de l’Eau de Cologne ?

Les donations que Feminis aurait effectué au bénéfice de sa ville natale sont les seuls arguments qui pourraient soutenir l’hypothèse que Feminis possédait en effet une fortune importante. Il existe de plus une source qui pourrait défendre cette affirmation. Il s’agit d’un écrit de G. de Maurizi intitulé « Santa Maria Maggiore e Crana, 1928 ».   Maurizi écrit : “Concorse con 60.000 lires imperiali all’erezione dell’attuale chiesa di Santa Maria“, seulement lui-même tient cette affirmation d’un autre ; de Scaciga qui écrit „Vite di Ossolani illustri“. Cette version ne vient pour autant pas non plus de documents officiels, mais s’appuie elle aussi sur le texte d’un dénommé Cavalli, qui rapporte „Cenni statistico e storici de la valle Vigezzo“. Ainsi l’authenticité de la donation reste quelque peu dans le flou étant donné qu’aucun document officiel ne peu servir de preuve.

Où sont donc passé tous ces documents ainsi que tous les courriers en relation avec Feminis?
Ne devrait-on pas considérer qu’ils furent peut-être bien détruits ?

Comment est-ce que Maurizi et Cavalli ont pris connaissance de l’existence des 60 000  lires ? Il ne s’agit pas dans ce cas d’un écrivain contemporain ! Feminis est décédé en 1736 et le livre de Cavalli paru en 1845 !

Il faut ajouter à cela que les informations de Mönckmeier-Schaefer, qui affirment que Feminis donna la modeste somme de 100 dopiens (= 2 500 lires) pour la reconstruction de l’église de Santa Maria Maggiore , sont quant à elles, demeurées intactes et peuvent encore être consultées.

Dans le paragraphe « Feminis et les auteurs Italiens du XIX e siècle », on retrouve des informations à propos de Cavalli ainsi que sa version détaillée à propos de Feminis. Il est mentionné que Cavalli à effectué ses recherches en relation à Feminis à l’adresse de Jean Marie Farina de Paris, et que  ces écrits ne sont en rien fondés sur des faits historiques, mais plutôt sur une accumulation de faits divers qui évoquent d’ailleurs des dons d’argent pour la construction d’un hôpital pour les plus démunis de la ville de Santa Maria Maggiore !

Il n’est pas possible de dire que la disparition des documents originaux ainsi que tous les autres écrits se rapportants à Feminis soit un hasard ou la faute à un mauvais gérant. Il est en revanche fort possible que se soit quelqu’un qui ait souhaité faire disparaître la réalité historique pour la remplacer par une autre histoire. Il s’avère que même les écrits originaux (en Italien) ont disparu. Des informations sont néanmoins à trouver dans les archives de Jean Marie Farina vis à vis de la Place Julière à Cologne. Parmi les maintes correspondances  qui furent précieusement conservées se trouvent suffisamment d’information au sujet des dons pour pouvoir en tirer quelques conclusions significatives.
Le 12 Mai 1733, Jean Marie Farina (Cologne), qui avait décidé de participer généreusement à la reconstruction de l’église Santa Maria Maggiore, écrivit un courrier à son cousin Guilielmo qui à cette époque-là vivait à Aix-la-Chapelle. Il lui rapporta qu’il avait rencontré Feminis qui lui-même comptait donner 100 dopiens en vue de la reconstruction.

(… „avanti Jeri o fato incontro del sig.feminis aueme parlato insieme fra altro atorno sa bona volonta che a di munurare la nostra chiesa si e datto dintendere astengers p sine alla soma die 100 dopie“)
Ceci ne semble tout de même pas satisfaire Farina qui demande à son cousin Guilielmo de bien vouloir lui rendre visite à Cologne le plus rapidement possible de manière à ce que tous deux puissent convaincre Feminis d’augmenter la somme qu’il propose.
(„seconda la parenza se ne va al grangalopo piliate gesta cosa al vore e non perdete tempo quando douersi uenire qui a posta”)
Par la même occasion,  il encourage son cousin, le prie de ne pas perdre sa motivation et l’incite à poursuivre ses donations.
(„non ni deue rinchresere in mentre muerete agualmente merito auanti.“)
Le 27 Mai 1733, Farina écrit à Barbieri à Brussel lui expliquant que son cousin Guilielmo et lui même avaient rendu visite à Feminis pour tenter de le persuader de la gravité des circonstances. Il prit son temps pour lui expliquer qu’à moins qu’une aide ne soit fournie rapidement, l’église de leur village natale s’effondrerait sans plus tarder.
(„..a poi ui losapere dire intra me et il cogine Guilelmo auemo dato a conosere a questo sig. Feminis che la nostra chiesa parochiale di sta matiene necesita desere riperata fra altro che in un corto loge come mi pose spiegare e degia crapata e se non si porta rimedio che in poco tempo cuore rischio di caschare.“)

Farina écrit également que Feminis promet 100 dopiens  dans le cas où une opération collective s’organiserait.
(„auanti jieri o fatto incontro del sudeto oue che mia promeso che p.una opera similie a risolto p.sua parte di astengersi p.sine a 100 dopie.“)

Etant donné que Feminis décide de s’associer à cette affaire uniquement à condition que se soit une opération collective, Farina se décide d’écrire immédiatement à Messieurs « Corati et Sindici » pour les informer de la situation et pour leurs demander de bien vouloir contacter un maximum de connaissances qui pourraient elles aussi participer aux frais.
(„p.auer da questo sudeta soma bisogna scriuere di subito alla patria a nostri SS.Corati e sindici di sud chiesa che ui mandano a voi e a altri gelantomini patrioti che in questo paesi si ritrovano una spezie di suplica che si richie de agiuto da questi nos patrioti abitanti in questo paesi p far sudeto opera.“)
Le 21 Janvier 1736 Farina écrit à Barbieri à Bruxelles pour l’informer de à la situation de l’église paroissiale. Il lui expliqua que pour mener à bien les réparations il faudrait disposer de la somme de 25 000 lires  et qu’ils ne disposaient que de 15 000 lires. D’après se que l’on sait, Feminis aurait été choqué d’entendre cela et aurait à ce moment  là promit  100 dopiens (= 500 lires) de plus.

(„.. ui hano scrito dalla patria atorno la nostra chiesa anche ame mi hanno scrito il med. et ne o fato il riporto a questo sg.feminis con dirgli che nesta acordata p uinti cinque miglia lires e si come non auemo in cassa che li 15000 siami imbarasati mi a promeso che fara pr anche cosa, mi soponge che sara p. anco 100 dopie.“)
Le 3 Juillet 1736 Farina écrit à Barbieri et lui signala qu’il n’avait toujours pas reçu de confirmation de la part de Feminis quant à l’argent qu’il promettait.
(„atorno la nostra chiesa ancho noi aueme auisa che ua auanzando poi a questo Sig.feminis p.sine al presente non posio da luy cauarne una certutuda.“)

Le 24 Août 1736 Farina écrit qu’il ne dérangera désormais plus Feminis avec la question de la reconstruction de l’église.
(„atorno lafara p la nostra chiesa lascio questo sig.feminis di riposo“)

Le 26 Novembre 1736 Feminis meurt. Après son décès les cotisations pour l’église Santa Maria Maggiore  ne s’arrêtent pourtant pas ! Le 10 Octobre 1737, Farina écrit à Barbiere que son frère, Carl Hieronymus, a parlé à la veuve de Feminis pour lui demander son aide financière de manière à reconstruire l’église.
(„mio fratt degia Mercordi scorso di ne e ritornato p dusseldorf senza abia con questa uechia p ancho podato optenire fra altro per la nostra chiesa“)

Le 10 Janvier 1738 Farina répète encore une fois que son frère a conversé avec la veuve de Feminis pour lui demander de faire un don à l’église dans son testament.
(„mio fratt e stato di nouo qui le scorse Ste feste e in aparenza comincia auer disposto la uechia a far qualche cosa per la nostra chiesa che si fera col suo Tastamento.”)

Le 10 Octobre 1738 Farina écrit que son frère était en route pour l’Italie et qu’il transportait avec lui de l’argent pour la reconstruction de l’église.
(„mio frattelo auanti il suo diporto p la patria ma imposto di dire al vor.Sig.Stefano che gli a reuisite dauer tirato il Sig.Bernardi a quele che sa bene e per consequenza a portato seco quel dinaro p la nostra chiesa“)

Le 24 Février 1739, la veuve de Feminis meurt et le 7 Mars 1739, dans un courrier adressé à Barbieri, Farina exprime sa déception quant au testament de la veuve qui ne laisse rien à l’église.
(„la uedoua feminis a lasiato p testamento tuto il fato suo a y poueri…..la grande pena che si a dato mio fratello el il Guilielmi pensando di tirare qualche cosa….per la nostra chiesa sono stato tuto inuane“)

D’après ces divers extraits de courriers, il est ainsi possible de tirer les conclusions suivantes :
Feminis est à plusieurs reprises  incité à donner de l’argent en vu de la reconstruction de l’église de sa ville  natale. Les diverses tentatives sont toutefois vaines.
Feminis n’est pas à l’origine du regroupement d’individus qui avait pour but de rassembler l’argent nécessaire afin de pourvoir aux reconstructions de l’église.
Feminis se disait prêt à dépenser la somme de 100 dopiens (= 2 500 lires) si cette donation devenait un projet de taille, impliquant  de nombreux autres participants.
C’est Farina qui fit appelle aux Italiens résidents en Allemagne.
Avant même que Feminis donna 100 dopiens, il existait déjà   15 000 lires dans la caisse.
Feminis promit 100 dopiens supplémentaires, mais il ne tint pas sa parole.
Après la mort de Feminis, le financement de la reconstruction de l’église n’est toujours pas complet et la quête continue.
La tentative d’obtenir de l’argent de la part de la veuve de Feminis reste vaine.
En 1739, trois ans après la mort de Feminis, grande est la déception de voir que même la veuve de Feminis ne lègue rien à l’église dans son testament.

Ces constatations obligent donc à reconnaître  qu’il est impossible que Feminis fut à l’origine du financement de la reconstruction de l’église.

Il ne s’agit pas ici d’une correspondance banale datant de 1733. Les extraits mentionnés sont au contraire des constatations d’un contemporain qui était non seulement intéressé mais également impliqué dans cette affaire. Il faut de plus prendre en considération le fait que ses témoignages du passé date des années 1733 à 1739. Se sont des preuves contemporaines aux événements analysés se qui les rend ainsi d’autant plus précieux.  Il est important aussi de savoir que certains entretenaient une relation particulière avec leur ville natale, qu’ils visitaient de manière tout à fait régulière. Carl Hieronymus Farina et Guglielmi s’occupaient particulièrement de Santa Maria Maggiore ce qui veut dire que si Feminis avait effectivement donné une somme généreuse à la ville,  les personnes précédemment mentionnées en auraient été informées. De plus, s’il avait en effet déjà contribué de large sommes, on ne peut que mal comprendre pourquoi Farina lui aurait, à plusieurs reprises, demandé de l’argent. Comme il a été démontré précédemment, les soi-disant donations importantes mentionnées par l’auteur italien ne peuvent en rien être prises au sérieux. Il en va de même quant aux tableaux de Feminis que l’on trouve dans l’église, le faisant ainsi apparaître comme le donateur principal.
La légende rapportant que Feminis aurait donné 60 000 lires n’est pas à prendre au sérieux. Une telle somme d’argent ne serait à l’époque pas passé inaperçue. Et si cela avait vraiment été le cas, une quête supplémentaire aurait été tout simplement inutile, puisque l’argent aurait été versé du vivant de Feminis,  et qu’une telle somme aurait couvert tous les frais nécessaires.

Pour dire vrai, toutes les versions sont inspirées de ce que Maurizi rédigea. Cavalli ainsi que Scaciga, rapportent que Feminis fut à l’origine de la reconstruction de la maison paroissiale ainsi que de l’oratoire de Crana, mais leurs arguments ne font que reprendre les écrits de Maurizi.

(„fece del proprio riedificare la casa del comune ed il bell Oratorio di Crana“)
Cavalli se tient très strictement aux inscriptions qui apparaissent dans les portraits de Feminis qu’il reprend ainsi : „…e del proprio riedificatore dell‘ Oratorio e casa del Comune di Crana.“ La valeur historique de ces inscriptions donnera lieu à un autre chapitre. Important est que Cavalli ne mentionne à aucun moment la somme d’argent mise à disposition pour l’oratoire de Crana.

Seul Maurizi mentionne la somme de 1000 lires  (voir S. Maria Maggiore e Crana, 1928, p.119/20), et fonde ses propos sur une „convenzione stipulata tra Carlo Gerolamo Farina e Carlo Giglielmi“ –  qu’il décrit comme étant „procuratori del Feminis“ –„e i terrieri di Crana“. Voici comment Maurizi l’énonce :
„1743, all‘ 8 di settembre, nelle casa nuova della Communita di Crana, essendosi ivi congreati li uomini della terra di Crana, il sig. Carlo Gerolamo Farina, anche a nome del signor Carlo Guglielmi, ha proposto che vi sono lires dieci mille di Milano, d’oblazione fatta a dai medesimi procurata per riedificare l’Oratorio di Crana e fare un campanile; quale oblazione e stata fatta  ed e pronta con questo che li terrieri di Crana si obblighino di fare le oure per bisognevoli per portare i sassi, sabbia e legnami ed altre oure per transportare materiali bisognevoli per fare detto Oratorio e campanile; che pero detto signor Farina anche a nome del sig. Guglielmi ha interpellato li detti di Crana si intendono di fare le dette oure si o no, accio si possa venire alla riedificazione di detto Oratorio e far il campanile.- Pero, attesta questa oblazione, si obbligano di fare le suddette oure: Pietro Francesco Mattei, Giorgio de Giorgis…“

D’après Maurizi, se seraient Johann Paul Feminis, de Charles Hieronymus Farina, et de Charles Guglielmi qui auraient fait cette donation (oblazione)   au nom de Feminis – ce qu’ils appellent (procuratori).  Comment se peut-il alors que les représentants de Feminis (procuratori) n’aient dans l’accord (convenzione) nul part mentionné le nom de leur noble client? Il est expressément souligné à deux reprises que Charles Hieronymus Farina agit en son nom propre et en celui de Charles Guglielmi (a anche del signor Carlo Guglielmi nome) mais Feminis n’est pas du tout mentionné.

Il est vrai que lorsque Feminis fit un don à l’école de Santa Maria Maggiore se sont Charles Hieronymus Farina et Charles Gugliemi qui le représentèrent (procuratori). Cela ne signifie toutefois pas que Feminis est à associer à toutes les donations où le nom de ces deux hommes  apparaissent. Voici comment la donation destinée à l’école est formulée:
„Per Tennore della presente procuram, Jo sotto scrito Costituisco a mio nome li SS. Carlo Guiglielmi e Carlo Gerol. Farina di dimandare et essigere da SS. Gio Batt. Barbieri e compagnie di Bruxelles pag’to della due centi copie prestatoli contra il di luoro biglieto ossia conffeso del 10 8bre 1731 con obligo alli miei sud’e due constituent procurano di rimpiazarle oue gli parera bene ad interreso e con li mad’e interresi di instituire in St’a Maria una scuola a benefitio de poueri Figlij di dela cura di St’a Maria…“
D’après Utscher toutefois, l’exécution de  cette tache par Charles Guglielmi et Charles Hieronymus Farina à menée à la constatation suivante qui est à lire dans les archives communales de Santa Maria Maggiore  :
« Crana, le 08.09.1743.
Nous signataires, Carl Hieronymus Farina et Carl Guglielmi, avons l’intention d’apporter un capital de 5000  lires, que Johann Paul Feminis, nous a donné à sa mort daté du 26.11.1736.Cet argent était destiné à  ……»
Il est ainsi ici clairement indiqué :
« l’argent que Johann Paul  Feminis nous donna…… » !
C’est uniquement lorsque l’on considère la position de Charles Hieronymus Farina et Charles Guglielmi par rapport à l’action mise en place en Allemagne  visant à rassembler tous les Italiens dans le but de sauver l’église paroissiale,  (se rapporter aux extraits de courrier ci-dessus) qu’il est possible de comprendre les paroles utilisées lors de cet événement « convenzione » au sujet des donations en faveur de l’oratoire de Crana.
„fatta a oblazione dai medesimi procurata PER l riedificare’ oratorio « !
En raison du contenu de certaines inscriptions dans les tableaux de Feminis, Cavalli met le nom de Feminis en rapport avec la reconstruction de l’oratoire de Crana, et Maurizi se base là-dessus pour attribuer  une donation de 10 000 lires bien évidemment à Feminis. Il s’avère toutefois, comme déjà mentionné, que ces tableaux n’ont aucune valeur historique et ne peuvent nullement servir de preuve.

Feminis a pourtant voyagé de Mayence à Cologne sans argent.
Dans les registres de la ville de Mayence, il apparaît en 1687 qu’il a du retard sur ses impôts et doit la somme de 2 et 3 florins pour l’année 1680/90.   Dans les registres français de l’année 1689, on trouve   qu’il doit la somme 6 florins suivit de la remarque : « s’est retiré ». Il semble ainsi qu’à Mayence l’aisance de Feminis n’était pas à son apogée. Le registre de baptême de ses enfants met également en relief un certain nombre de déplacement qui se traduisent par le changement de paroisses : « St. à Quintin » ,  1690 « Dompfarrei »  1692 « St. Ignatius » en 1689.

Féminis et les écrivains italiens du XIX e siècle

Dr. Karl Kempkes

Féminis et les écrivains italiens du XIX e siècle

Résumé:
Dans les œuvres de Carlo Cavani, Fr. Scaciga et Giacomo Pollini, écrivains du XIXème siècle, il est à plusieurs reprises fait référence à Giovanni Paolo Féminis. Dans les pages suivantes, une analyse rigoureuse sera faite de manière à déterminer la véracité des informations avancées. Les trois auteurs semblent reconnaître en Féminis un bienfaiteur et le considèrent de plus comme étant le créateur de l’Eau de Cologne.
Lorsqu’on se penche sur les travaux de ces écrivains, il apparaît clairement que Jean Marie Joseph Farina  (de Paris) exerça sur eux une grande influence. Ce dernier était un personnage important dans son village natal Santa Maria Maggiore, ainsi que dans toute la contrée de la vallée du Vigezzo. D’après lui, il serait le descendant d’un dénommé Féminis, le soi-disant créateur de l’Eau de Cologne. De manière à rendre légendaire ce personnage, il fit courir le bruit que Féminis s’était montré d’une grande générosité envers sa région d’origine, où il avait soi-disant investi la somme de 60.000 lires, pour la restauration de l’église de Santa Maria Maggiore,  la construction d’une route entre Domodossola et la vallée du Vigezzo, pour la construction d’une école ainsi que l’érection d’un bâtiment communal. Il n’existe cependant aucun document permettant de confirmer les dires de ces trois écrivains. La  crédibilité de ses allégations est ainsi à remettre en question, et ceci soutiendrait donc bien la thèse que Jean Marie Joseph Farina fut le seul interlocuteur dans cette affaire. L’influence importante qu’exerçait Jean Marie Joseph Farina transparaît par ailleurs dans le rapport de John Ruffini, un contemporain de Farina, qui fit ce constat lors d’une visite  dans la vallée du Vigezzo.

Sommaire

Introduction: Jean Marie Joseph Farina 1785-1864 (Paris) et son pays d’origine: l’Italie.

  1. Dr. Carlo Cavalli : « Cenni Statistico-Storici della Valle Vigezzo », Torino, 1845.
  2. Fr. Scaciga della Silva : « vite di Ossolani illustri », Domodossola, 1847.
  3. Dr. giacomo Pollini :« Notizie Storiche, Statuti, Antichi, Documenti e Antichità Romane di Malesco », Torino, 1896.
  4. Conclusion

Lorsque l’on cherche à vérifier la vérité historique des documents par rapport à Féminis, il ne faut pas perdre de vue qu’à l’époque où ces documents parurent, Jean Marie Joseph Farina (Paris) jouissait d’une grande influence auprès des habitants de sa ville d’origine.
Maurizi rapporte qu’en 1840 et 1846, la reconstruction de l’église du vicaire Ponti fit l’objet d’un appel à l’aide. Jean Marie Joseph Farina se serait présenté et aurait offert la somme de 4000 lires, ce qui expliquerait pourquoi il  serait devenu le patron de la chapelle du rosaire.
Dans la chapelle du rosaire de l’église de Santa Maria Maggiore se trouve une plaque commémorative sur laquelle on peut lire : (traduction française) : « En souvenir de Jean Marie Joseph Farina, patron de cette chapelle, bienfaiteur exceptionnel de cette église et digne descendent de Johann Paul Féminis, plaque posée par les habitants en 1846 ».
Les informations précédantes montrent que si Jean Marie Joseph Farina jouissait d’une bonne réputation dans son village natal, c’est avant tout en raison de ses actes de charité. C’est également pour cette raison que ses opinions ainsi que ses idées étaient attentivement prises en compte.
Dans le texte suivant on cherchera à  savoir s’il existait véritablement ou non une relation entre Jean Marie Joseph Farina et Féminis, telle qu’elle fut décrite par quelques auteurs du XIX e siècle.

1. Dr. Carlo Cavalli : « Cenni Statistico-Storici della Valle Vigezzo », Torino, 1845

1.) Qui donc était Cavalli?
Maurizi (« S. Maria Maggiore e Crana », Domodossola, 1928, page 22-23) fait référence à Cavalli de manière suivante :
« Franz Anton Cavalli, fils du feu Karl Hieronymus Cavalli (1798-1842) fut pasteur à Santa Maria. Son frère Carl Cavalli(1799-1860) était un historien de renommée. C’est à l’université de Pavia qu’il devint docteur en médecine pour ensuite revenir exercer dans son village d’origine. A l’université de Pavia ce fut un Professeur honoré et ce pour son assistance aux accouchements, et à l’université de Turin il obtient son doctorat en médecine ainsi qu’en philosophie.  En médecin dévoué, il écrivit en 1835 à Milan un livre nommé :  « L’histoire de la maladie extraordinaire existant depuis 28 ans »,   et « L’histoire de la mauvaise fièvre nerveuse qui entre 1839 et 1840 ravagea la région de la vallée du Vigezzo  » qui parut en juin 1844, à Turin, dans la revue des sciences de la médecine. Son véritable succès fut la publication en 1845 de son œuvre en trois volets :  « Indications statistiques et historiques de la vallée du Vigezzo » qui constitué la première œuvre détaillant correctement et précisément l’histoire de cette région.

Il s’engagea activement en faveur de la construction d’une route entre Domodossola et la vallée du Vigezzo, il fut maire de Santa Maria Maggiore, de Crana, il fut président du conseil provincial à Ossola ainsi que représentant au parlement subalpin. On lui remit la croix de l’ordre ‘Ss. Maurizi e Lazzaro’ et devint membre de diverses académies italiennes et internationales.
Il semblerait donc que Carlo Cavalli entretenait des liens étroits avec les villes de Santa Maria Maggiore  et Crana à la fois, et qu’il était une personnalité largement appréciée et connue par-delà les frontières.
L’analyse de son travail nous mène néanmoins à faire les deux remarques suivantes :
1. Cavalli ne disposait pas du temps nécessaire pour mener à bien les recherches historiques qui auraient dû précéder la rédaction de son œuvre. Le lecteur attentif s’apercevra clairement qu’il s’agit ici de l’accumulation de divers rapports ou articles, rédigés par diverses personnes.
2. C’est sa personnalité ainsi que sa réputation qui rendirent son œuvre célèbre, si bien que ses livres furent tout naturellement classés dans la rubrique des livres d’histoire sans pour autant avoir été vérifiés.

2.) La relation de Cavalli au Jean Marie Joseph Farina de Paris
Dans la description précédante de la vie de Cavalli, Maurizzi met l’accent sur le fait que ce dernier était en faveur de la construction d’une route entre Domodossola et la vallée du Vigezzo. La construction de la route « strada caregiabile » qui était équipée pour les véhicules, avait une importance particulière pour les gens de la région. A cette époque, seuls d’étroits sentiers sillonnaient la région, et les ponts qui permettaient de raccorder différentes contrées étaient d’ailleurs à peine assez large pour que deux mulets puissent s’y croiser.

Ce réseau de communication faisait vraiment partie intégrante de la vie des habitants de cette région, ce qui explique pourquoi il existe aujourd’hui encore quelques anciennes villes, où la circulation de véhicules n’est à l’heure actuelle toujours pas possible. Les touristes qui s’aventureront dans cette région sauront très certainement apprécier le caractère romantique de ces vallées où le transport se fait comme à l’époque, c’est à dire sur le dos d’un mulet ou bien dans une sorte de panier que des femmes portent sur leur dos incurvés. Pour la population autochtone en revanche, ce système de transport très médiocre signifie des conditions de travail plus dures, donc un vieillissement plus rapide et bien évidemment des décès plus jeunes.
Au début du XIX e siècle, une poignée d’hommes perspicaces prirent conscience de la nécessité de construire un système de transport plus efficace, ce qui aurait par la suite d’importantes répercussions économiques dans la région. Lors de la construction de cette route qui rencontra maints problèmes, c’est Dr. Carlo Cavalli qui fit preuve de la persévérance la plus déterminée et son travail acharné fit l’objet d’un rapport qui forme plusieurs livres des archives communales de la ville de Santa Maria Maggiore. Lorsqu’il s’agit de débuter les travaux, l’ampleur de la tache se révéla véritablement. Il s’agissait de construire une voie reliant « les vals des cent vallées » (c’est ainsi que se nommait la région) en prenant en compte un dénivelé important et beaucoup de ravins. Le problème qui se posait bien évidemment était celui du financement. La commune ne disposait pas de la somme nécessaire et la région n’avait pas pour projet de prendre part à la construction de ces infrastructures.
Pour autant, les hommes qui s’étaient mis en tête  de construire la route ne perdirent pas espoir. Ils se souvinrent des émigrés qui avaient déjà une fois auparavant fait preuve de générosité à l’égard de Santa Maria Maggiore. Ainsi à travers une succession de cotisations l’argent fut rassemblée. Pour ceci, la commission suivante fut fondée (voir actes des archives communales de Santa Maria Maggiore ) :
‘La deputazione nominata con Atto Consolare delli 17 octobre 1821 del Consiglio Generale della Valle di Vigezzo porterà il nome di Commissione della Strada nuova da Domo D’Ossola alla Suizzera Cantone Ticino per la Valle di Vigezzo’.
Cette commission fut divisée en deux groupes : ‘Questa commissione si divide in due sezioni una permanenta nella Valle e l’altra in Pariggi’.
Il s’opéra une sorte de tandem entre donc la  « vallée » et Paris. Ce qui nous intéresse avant tout, est la constitution de la commission à Paris.  Voici ce qui apparaît dans le rapport de la commune :
‘Quella di Pariggi e composta dalli SS. Fratelli Trabuchi di Malesco, Gio Batt. e Gio Maria Zio e Nipote Mellerio, Francesco Mellerio e Gio Margaritis di Craveggia e Gio Maria Farina di Santa Maria Maggiore’.
Lorsque ces membres résidants à Paris étaient de passage dans leur ville d’origine, ils prenaient place au sein de la commission italienne, voici comment un passage qui l’illustre:
‘Quall’ora alcuno de membri della commissione di Pariggi si ripatriasse formera parta della commissione permanente’.
Le but de la commission était de rassembler un maximum de souscriptions et de cotisations pour de cette manière pouvoir assurer le financement de cette infrastructure routière : ‘L’ufficio della commissione si è collocare sottoscrizione e oblazioni per formare il fondo…’.
On confia à Jean Marie Joseph Farina de Paris une charge d’importance : il se vit à la tête de la commission en Allemagne :
‘Il Sig. Gio Maria Farina inparticolare ha inaltre l’incarico per le soscrizioni ed oblazioni nella Germania…’.
extrait de  ‘Atti diversi della deputazione del Consorzio per la costruzione della Strada Vigezzina’ ceci est à trouver dans le volume 11/II des archives communales de la ville de Santa  Maria Maggiore, dans ce volume se trouve également    les entrées d’argent en provenance de Paris.  En peu de temps, on nota la somme de 27.000 lires, et le projet fut soutenu par Paris tout au long de la construction. Les questions ou rapports particuliers étaient habituellement envoyés aux « délégués » français.
‘Raporte dalli deputati della nuova Strada Vigezzina d’Italia alli Sign. Melerio Gio Maria, Fratelli Trabuchi, Farina Gioan. Maria … residenti in Pariggi’.

En 1831, Jean Marie Joseph Farina se rend à Santa Maria Maggiore où il se met personnellement au travail en tant  que membre permanent de la commission. Le 20.09.1831, il signe, tout comme Guiseppe Anton Borgnis, Cavalli, Peretti et d’autres « Condeputati » une lettre adressée à Sig. Alfrazzi, en rapport avec la construction de la route. Lorsque Jean Marie Joseph Farina retourna à Paris, la situation financière du projet de construction s’aggrava, et au début de l’année 1832, Dr. Carlo Cavalli, le « président de la commission » écrivit à Jean Marie Joseph Farina pour lui demande son secours de manière pressante :

« Malgré les difficultés rencontrées lors du début de la construction de la route à travers la vallée, les travaux se déroulent avec beaucoup de zèle bien qu’une date de fin de construction n’ai jamais été mentionnée. Il ne manque plus que trois cents mètres quasiment ininterrompus à partir de la hauteur de Santa Maria Maggiore jusqu’à la hauteur de Ossola. Mais malheureusement il semblerait que nous soyons dans une mauvaise phase. Nos ressources financières sont épuisées et la région ne laisse pas entrevoir d’aide quelconque. Il ne nous reste plus qu’à faire confiance aux individus généreux et désireux de voir se développer leur région, développement d’ailleurs dont ce projet fait largement partie et qu’ils ne peuvent certainement pas ignorer. En rapport à cette affaire, nous cherchons à rassembler un maximum de donneurs de la région comme Trabucci, Mellerio et Bonanzi, qui nous l’espérons inciteront ainsi d’autres à faire de même: Nous appelons à tous les habitants aisés de la vallée du Vigezzo, cet édifice à caractère unique sera un exploit historique pour la région. Finir la construction de la route est d’une grande importance pour la population dont les conditions de vie se verront améliorées.

C’est à vous maintenant de considérer la requête, ce serait plus qu’un acte charitable que de participer à cette construction. Si votre rang de naissance vous permet de contribuer à cet édifice, sachez que vous en bénéficierez en priorité et que le reste du peuple vous sera indéfiniment reconnaissent. Recevez d’avance nos profonds et sincères remerciements ainsi que la bénédiction du peuple qui saura vous respecter. »

Lettre de Dr. Cavalli à Jean Marie Joseph Farina, Paris:

Al Sig. Gio Maria Farina

Pregiatissimo Signore
Malgrado gli sforzi dei nemici della nostra cara patria la strada vigezzina non solo ebbe principio ma venne con calore proseguita sino quasi a loccare il suo termine, mancano infatti poco piu di trecento metri propinquo senza interruzione da Sanzta Maria Maggiore imo al piano dell’Ossola; ma disgrazialamente all’ascesa dell’ultimo gradino ci vediamo mancate le forze. Il fondo delle comuni trovasi oramai essurito; la Provinci anon ci lascia piu speranza di susidio, non avendo, stando l’attuali sistema, alcuno ameno sopravanzo.
Non ci rimane che la confidenza nella patria carita die dovizioni patrizi Vigezzini, i quali non vorrano certamente permettere che vadi deserta un opera cosi utile, incominciala merce le loro fatte largizioni e proseguita sotto i loro favorevol auspici. In tale persuasiva i sottoscritti osano di caldamente interessare l’esperimentato amor patrio della S.V. perche voglia di concerto con codesti buoni patrizi Trabucchi, Mellerio e Bonzani conquiacussi aprire una nuova e volontana sollecitazione presso i dovizioni Vigezzini chi si trovano in codeste capitale e far si che coi loro filantropia sussidii possi finalmente aprire l’asta dell’ultimo tronco e vedere il suo termino la strada vigezzina, che deve formare etrnamente epoca negli annali del nostro paesi nativo e perpetrare nell cuore riconoscente di tutta gusta popolazione la memoria die generosi di lei promolori.
Voglia importanto la S.V. accogliere favorevolmente la domanda die sottoscritti; appoggiarta coll influente di lei patrocinio e cosi doppiamente meritare dalla cari comune patria. Ne ricevi intanto gli anticipati ingraziamenti e le benedizioni degli abitanti di queste luoghi e l’assicuranza per parte dei sottoscritti con cui hanno l’onore dichiarasi
Di V.S. Pregiatissima
Santa Maria 27 feb. 1832”

De manière à pouvoir analyser de plus prêt la suite des déroulements des faits, en rapport à la construction de la route, il est sans doute d’importance de savoir que Cavalli était en contact avec Jean Marie Joseph Farina  de Paris et qu’ils se connaissaient d’ailleurs mutuellement très bien.

3.) Que rapporte Cavalli à propos de Jean Marie Joseph Farina?
A la fin de son 18ème chapitre, Cavalli écrit : « Nous voulons clore ce chapitre par quelques remarques bibliographiques se rapportants à un habitant aisé de la vallée du Vigezzo. Il s’agit de Johann Paul Féminis. Il est né vers la fin du 17ème siècle dans une famille de renommée mais sans fortune. Très jeune, il se rendit en Allemagne pour gagner son pain. Pendant longtemps il fut employé dans une mercerie et erra de café en café. Mais son don ainsi que son talent le poussèrent à faire autre chose, à Cologne, là où il séjournait, il se décida de mettre au point une eau odorante dont la qualité remarquable ne trouva pas d’équivalent sur le marché. Le 13 Janvier 1727, il rendit sa découverte public et la mis en vente. Ce parfum fut largement apprécié de tous, et fut rapidement nommé « Eau Miraculeuse » de Cologne. C’est sous ce nom que le parfum de Féminis se répandit dans le monde et étant donné que cette senteur est aujourd’hui encore connu de tous, il est inutile  d’en dire beaucoup plus.
A partir d’ici, Cavalli admet donc que c’est grâce à ses dons que Féminis réussit à mettre au point cette Eau Miraculeuse, qu’il commença à la vendre le 13 Janvier 1727 et que c’est lui qui aurait introduit la dénomination « di Colonia ». A la fin, Cavalli fait l’éloge des dons de Féminis, et il écrit : « il est bien évident qu’en quelques années, Johann Paul Féminis est devenu très riche. Il n’a pour autant pas oublié son pays natale. Il participa généreusement à la reconstruction de l’église de Santa Maria Maggiore pour laquelle il versa la somme de 60000 lires, entreprit la reconstruction de la maison pastorale, de l’oratoire  de Crana et il offrit la somme de 50000 lires pour la construction d’une école. Il avait de nombreux autres projets pour sa ville natale, seulement il mourut le 26 Novembre 1736.

Il est très important de signaler que c’est dans cet extrait, qu’il est pour la première fois question de la somme des 60000 lires pour la ville de Santa Maria Maggiore, ainsi que des grands projets de Féminis qui furent interrompus par la mort de ce dernier.

Cavalli souligne donc évidemment dans cette conclusion à quel point Féminis devint riche grâce à ‘l’Aqua Mirabilis di Colonia” mais ce sont avant tout ses donations à son pays d’origine qui sont mises au premier plan.  L’écrivain ajoute : « En signe de remerciement, les habitants de la vallée du Vigezzo ont immortalisé la mémoire de Féminis en accrochant plusieurs tableaux de l’homme dans les édifices où ses donations jouèrent un rôle décisif. C’est-à-dire qu’un tableau fut accroché dans le sacristie de l’église de Santa Maria Maggiore, un autre dans l’oratoire de Crana, un dans la maison paroissiale de Santa Maria Maggiore et le dernier dans l’école primaire. Sous ce portrait se trouve l’inscription suivante: Johann Paul Féminis de Crana, commerçant, distillateur de l’Aqua Mirabilis à Cologne, contributeur  principal lors de la reconstruction de l’église Santa Maria Maggiore, participa également à la reconstruction de l’oratoire et de la maison paroissiale de Crana.  Que l’homme qui investit dans sa ville natale soit bénit et qu’il repose en paix. Il a la reconnaissance de tous ses concitoyens.
Les louanges à l’égard de Johann Paul Féminis résonneront à jamais au sein de son peuple.

Cavalli ne donne ni d’information quant à l’artiste, ni quant à l’année où ces tableaux furent peints. Sa remarque « al naturale » signifie que le tableau représente la taille réelle du sujet, et non comme certains veulent le croire, que le tableau fut  peint de son vivant. Ces mots ne renseignent que quant aux dimensions du tableau. Cavalli s’intéresse également peu à la date à laquelle les habitants de la vallée du Vigezzo  ont manifesté leur gratitude à l’égard de Féminis, et ne se préoccupe pas non plus de savoir à quel moment les quatre tableaux furent suspendus, sachant que le tableau se trouvant dans le sacristie de l’oratoire porte la date de 1833.
Il faut de plus signaler que Cavalli fait comme si la signature figurant sur le tableau suspendu dans l’école de Crana (l’ancienne maison paroissiale) se trouvait également sur tous les autres tableaux, ce qui n’est toutefois pas le cas.

A ces détails Cavalli ne prête que peu d’attention. Il ne semble d’ailleurs pas particulièrement s’intéresser à la personne de Féminis qu’il ne situe que vaguement dans l’histoire.  Le fait que ce personnage soit mentionné au chapitre 18 semble quelque peu étrange et non justifiable. Pourquoi donc Cavalli s’attache-t-il à rapporter la vie de Féminis dans ce chapitre? Vous remarquerez dans les données suivantes que la délimitation temporelle des chapitres faite par Cavalli lui-même dans son sommaire, montre clairement qu’il manque des données historiques quant à Féminis. A la place on peut lire :

Chapitre    XIII:     1670 – 1700
XIV:     1700 – 1720
XV:     1720 – 1744
XVI:     1744 – 1760
XVII:     1760 – 1788
XVIII:     1788 – 1790     (Gioanni Paolo Femminis di Crana!)
XIX:     1790 – 1797

Les dates données au chapitre 18 correspondraient donc plutôt à celles du parisien Jean Marie Joseph Farina. Il s’avère d’ailleurs en effet que les considérations historiques insérées par la suite se rapportent exclusivement au Jean Marie Joseph Farina de Paris. Cavalli souligne la gratitude du peuple envers Féminis, et la formule de manière suivante :
« A la mémoire de Féminis, décédé célibataire. Johann Anton Farina originaire de Santa Maria Maggiore, prit sa succession qui est aujourd’hui assurée par Johann Maria Farina. La recette de l’eau miraculeuse n’a donc pas été perdue. Il a non seulement hérité la recette de la fameuse Eau miraculeuse, mais également l’amour du pays natal. Il fit preuve d’une grande générosité et finança, dans sa ville natale, la construction d’un hôpital  pour les plus démunis. »

Le thème central nous est ici livré. Il s’agit de la construction d’un hôpital à Santa Maria Maggiore, destiné aux plus démunis. Cavalli, qui avait été maire de cette commune, manifestait un grand intérêt quant à son développement. Il est de plus médecin et sans doute le plus important : « Presidente della Congregazione di Carita ». Dans la première moitié du 19ème siècle, après avoir surmonté les troubles liés à Napoléon, l’évêque de Nova fut à l’origine d’un grand mouvement caritatif au sein de son évêché. En 1822, le projet « coeventemente alla Nocificazioni di S. Emza il sig. Cardinale Arcivesco Vescovo di Novaradie» de  « Elezioni delli Sig. deputavi della Congregazione di Carita di Santa Maria Maggiore» fut mené à bien. Et à partir de 1822, des publications dans « Atti Ospedali » (voir les archives communales de Santa Maria Maggiore) des rassemblements de députés au cours desquels « nella sacrestia della vend. chiesa Parochiale »  fut évité. Ces performances rhétoriques « Verbali Originali » se notent à la participation vivace du « Presidente Dr. Carlo Cavalli sindaco » et de son frère « Sacerdote Francesco Antonio Cavalli Coadjuture » qui à l’époque était le directeur de conscience dans Santa Maria Maggiore.

Cavalli s’engagea passionnément dans la cause caritative, tout comme il le fit pour le projet de construction routier entre Domoldossola et Locarno. Sa fonction en tant que maire de Santa Maria Maggiore fut caractérisée par ces deux occupations.  C’est donc compte tenu de ce fait qu’il faut analyser les éléments historiques que Cavalli rapporte à propos de Féminis. Il s’agit ici d’un courrier ouvert, destiné à Jean Marie Joseph Farina. Ceci se reconnaît d’ailleurs clairement dans le passage final :

« Qu’il soit béni de Dieu et par nous tous, qu’il soit heureux sur la terre comme au ciel, celui qui trouve le moyen d’aider les pauvres et les malheureux même quand la force le quitte.  L’accomplissement le plus méritant est l’amour du prochain et l’amour du prochain est l’amour chrétien envers les pauvres.  Ce sentiment nous échappe pourtant toujours plus car les hommes comme Féminis deviennent de plus  en plus rare et le sentiment d’appartenance  disparaît lentement. Oh ! si nos ancêtres ressuscitaient, ils nous plaindraient et se lamenteraient que nous vivons dans un monde encore plus malheureux que le leur. « Même tourmentés par la souffrance et la faim, confrontés à des guerres ou combats contre des bêtes, opprimés par ceux au pouvoir, dépouillés par des hors-la-loi ou même lorsque atteint de la peste, nous n’abandonnions pas notre foi en Dieu. Nous sommes toujours restés fidèles à nos croyances, à notre Dieu, nous avons toujours soutenu notre patrie et région d’origine, nous sommes toujours restés loyaux à nos amis, humain envers nos ennemis, compatissants à l’égard des souffrants, indifférents aux manifestations pompeuses, mais surtout toujours  bien considérés dans les villes où nous allions gagner notre pain, ce qui ne nous était pas forcément possible dans notre contrée d’origine ». Jean Marie Joseph Farina de Paris s’était présenté comme étant l’héritier de Féminis et donc de la recette de l’  « Acqua di Colonia ». Il a su faire l’éloge de ce personnage, le faire apparaître comme le sauveur des pauvres et attendait sûrement sans doute que cet éloge lui soit également rendu. C’est sous cette lumière que les éloges de Cavalli envers Féminis doivent être perçus. Cela ne présente que peu d’intérêt de savoir si la mention des 60000 lires données au profit de l’église de Santa Maria Maggiore résulte d’un hasard ou si cette mention n’était que le résultat d’une commande. Les documents permettants d’attester de cette donation sont introuvables ou inexistants. Le projet de construction de Féminis qui était de relier Crana à Santa Maria Maggiore par un chemin à double colonnades pourrait avoir mené Cavalli, dans un élan de précipitation et d’enthousiasme, à rédiger ce texte élogieux. L’idée de construire un chemin entre ces deux endroits de presque un kilomètre de long et bordé de colonnades est de plus quelque peu ridicule. Lorsque l’on interroge des habitants de la région à ce sujet, ils répondent pour la plupart en souriant. Pour quelqu’un comme Cavalli, grand amateur de la construction de routes, il est compréhensible qu’il ai pu soutenir une telle décision.

En résumé, il faut signaler que les allégations de Cavalli à l’égard de Féminis sont, d’un point de vu historique, à traiter avec beaucoup de prudence.  De plus, ces informations sont à inscrire dans l’oeuvre complète de Cavalli, ce qui peut également mener à de fausses conclusions.

2. Fr. Scaciga: ‘Vite di Osssolani illustri’ dell‘ Avvocato Fr. Scaciga della Silva con un quarto storico delle Eresie.’ Domodossola 1847.

1.) Commentaires de Scaciga.
Dans sa préface au lecteur, Scaciga précise : « Mon livre jette une lumière sur la vie de certains hommes dont la bonté et la sagesse les caractérisaient. Si lors de la rédaction de mon travail insignifiant j’avais jeté un œil sur livre de Plutarque, j’aurais sans doute vu que le titre pompeux « d’homme célèbre » qu’il applique à des commandeurs ou encore à des philosophes de l’antiquité, ne pouvait pas s’appliquer aux individus que je nomme dans mon livre. Mais en ce siècle diffus, où les titres se distribuent généreusement, et à des gens qui d’ailleurs ne les méritent pas, personne ne m’en voudra. Le public sera néanmoins indulgent à mon égard, quant aux expressions que je me suis permis d’employer, et les survolera en gardant en tête que c’est au nom de mon peuple et de ma patrie que j’écris. Il s’agit ainsi d’un recueil dédié à la patrie que l’écrivain à formulé de manière à rendre hommage à sa nation et dans ses écrits, se sont moins les recherches scientifiques qu’humaines qui prédominent. Cela se remarque d’ailleurs distinctement dans l’avant-propos situé juste avant le chapitre traitant de Féminis. Il écrit: ‘L’histoire de Féminis que je suis sur le point de raconter n’est autre que celle de l’Aqua Mirabilis (eau miraculeuse). Ainsi, le lecteur saura me pardonner si je me livre à une louange du créateur lorsque je raconte l’histoire de son destin. Je ne consacre pas cette page à l’éloge de l’écriture, de la science ou encore de la philosophie. Mon intérêt se tourne vers cette « eau » embaumante qui fit le plaisir de tant de charmants jeunes gens.”

2.) Que nous rapporte Scaciga à propos de Féminis?
A la suite des remarques préliminaires mentionnées ci-dessus, Scaciga poursuit ainsi : «  Johann Paul Féminis est né à la fin du XVII e siècle dans la vallée du Vigezzo à Crana, un bourg dépendant de Santa Maria Maggiore. Jeune homme, il voyage jusque en Allemagne et s’installa à Cologne où il monta un commerce de mercerie. Au bout de quelques années, la chance lui sourit et la recette parfumée à base d’alcool qu’il mit au point devint le fameux parfum encore connu aujourd’hui sous le nom de : Acqua di Colonia. »

D’après Scaciga, l’élaboration du parfum  ne serait qu’un coup de chance. Cavalli, au contraire, souligne que c’est son travail, associé à un don exceptionnel, qui mène Féminis à créer ce parfum. Voici comment le premier justifie le rôle du hasard :

« D’après une rumeur de source sûr, cette découverte est liée aux anglais. D’après cette histoire, des troupes anglaises en mission à Goa se virent exposées à une épidémie de dysenterie qui causa le décès de nombreux soldats. A la suite de cela, tout les médecins et chirurgiens de l’armée furent rassemblés et on leur demanda de créer ensemble un remède. Ils mélangèrent ainsi différentes essences à la senteur embaumante qu’il donnèrent ensuite aux soldats qui furent sur pieds quelque temps plus tard. Un officier de cette armée se trouva à Cologne et lors d’une rencontre révéla à Féminis la recette de la boisson de Goa ce qui mena au succès de Féminis. »

Ceci est la première mention des origines anglaises de la recette. C’est Jean Marie Joseph Farina (de Paris) qui est très certainement à l’origine de cette histoire, et qui voulait donner à son produit un certain prestige. Jean Marie Joseph Farina de Paris fait d’ailleurs parti des sources de Scaciga, ce qui est mentionné un peu plus loin. Scaciga décrit la source de ses informations comme étant fiable, ce qu’il formule d’ailleurs clairement. Il apporte néanmoins une nuance à ses révélations qui contredisent en partie son argumentation : « Il faut de plus signaler que certains qui d’ailleurs partagent le secret, n’acceptent pas cette rumeur. Ils prétendent que Féminis est l’inventeur de ce produit et qu’il se serait installé à Cologne le 13 Janvier 1727, où il aurait ouvert son commerce. »

Pour Scaciga, se sont les accomplissements des individus pour leur patrie  qui importent dans ce contexte. Cet écrivain, qui avec Cavalli s’engagea pour la construction de la route entre Domodossola et Locarno, est fier d’être un Vigezziner. C’est donc pour cette raison qu’il relate les exploits de ses concitoyens dans un livre qui leur est dédié. Il continue : « Dans le domaine de la chimie qui était encore à ses débuts, ce produit était considéré comme fabuleux. L’odeur fut décrite comme étant douce et embaumante et d’une efficacité prouvée contre différents maux. En moins de dix ans, Féminis se forma une fortune colossale. Mais le succès  ne lui fit pas perdre pieds et à aucun moment il n’oublia ses origines. En guise de soutien, il envoya à plusieurs reprises des sommes d’argent importantes pour aider les plus démunis et les sortir de leur misère.

Les personnes originaires de la vallée du Vigezzo  maintiennent les liens avec leur village d’origine, et ils font, plus d’une fois, preuve d’une grande générosité en faisant profiter leur région de leur fortune. On en retrouve d’ailleurs plusieurs témoignages : de nombreuses tombes sont pourvues de fins détails ; plusieurs monuments sont dédiés aux bienfaiteurs donc l’aide a également été ressentie lors de la construction de la route allant de Domodossala à Malesco en passant par Santa Maria Maggiore. »

Parmi les personnalités entreprenantes de la vallée dont parle Scaciga, Féminis fait partie de ceux à qui l’écrivain rend particulièrement hommage. En effet, « Féminis  a dépensé la somme de 60000 lires pour la reconstruction de l’église de Santa Maria Maggiore, de la maison paroissiale, le l’oratoire di S. Giovanni Evangeliste à Crana, et cet argent servit également à la construction d’une école et contribua à rapprocher les villes de Santa Maria Maggiore et de Crana. »

Ainsi, Scaciga est le second écrivain à mentionner la bonté de Féminis mais il fait apparaître clairement que ses propos se basent sur les écrits de Cavalli qu’il cite comme source.  C’est donc ainsi que les allégations de Cavalli qui elles ne reposent sur aucun preuves concrètes se perpétuent dans l’histoire de la littérature.  L’auteur suivant a donc la possibilité de s’appuyer à la fois sur Cavalli et Scaciga! Scaciga qui s’intéresse très largement à Féminis écrit avec regret : «  Le destin a voulu faire de cet homme un individu richissime, toutefois il ne pu profiter de son statut que pendant quelques années car la mort l’emporta très rapidement. Il mourut le 26 Novembre 1736 à Cologne. »

A la suite de cela, Scaciga abandonne le thème de Féminis. C’est au travers de portraits sensés représenter le bienfaiteur que l’écrivain découvre un homme auquel il essaie de donner vie. « Le peuple reconnaissant lui rend hommage et son tableau se retrouve à quatre endroits distincts. Les Vigezziners ne peuvent contempler ce portrait sans penser à l’amour du prochain qui se lit dans les moindres détails du visage. Et adultes et enfants balayent ensemble ce tableau d’un regard plein de reconnaissance. Leurs âmes s’unissent dans la tendresse et le regard finit par se tourner et se perdre dans le ciel, quel homme vertueux pensent-ils ! ! !»

Scaciga a lui même écrit trois point d’exclamation ! Des années auparavant, du vivant de Féminis ou bien peu de temps après son décès, de telles paroles  « ce grand bienfaiteur » ; « cet homme de vertu » auraient eu une portée beaucoup plus importante. La famille au moins aurait eu quelques échos positifs et la population de Crana et de Santa Maria Maggiore aurait également le souvenir d’un tel bienfaiteur. Dans les registres d’un « ospidale » à Santa Maria Maggiore se trouve une liste des versements pour le soutien de personnes en difficulté financière (vergl. ‘Nota del Speso per il Ven. Ospidale di Santa Maria Maggiore’ im Gemeindearchiv), voici quelques noms :

‘1728 dato per vestire un figlio…12.–.–
1734 dato a Giacomo Ant. Feminis per sepelire un suo figlio…7.–.–
1735 pagato a Giacomo Antonio Feminis…6.–.–
1736 pagato a Giacomo Antonio Feminis…10.–.–
1736 per fatto sepellire un poveretto morto…4.16.–
1742 a Giacomo Ant. Feminis…8.–.–
1742 a Maria Feminis…5.–.–
1746 alla moglie di Giacomo Ant.Feminis…6.–.–
1747 a Giacomo Antonio Feminis…4.–.–
1749 a Maria Feminis…7.–.–
1749 pagato a Maria Elisabetta Feminis…5.–.–
1759 pagato a Carlo Gioseppe Feminis…8.–.–
1761 pagato a Gioseppe Maria Feminis…7.–.–
1761 pagato a Francesco Maria Feminis…8.10.–” usw.

A l’époque, même Johann Maria Farina de Cologne était au courant du sort des parents de Féminis. Il existe d’ailleurs une lettre datée du 7 Mars 1739 rédigée par Féminis lui-même à un dénommé Barbieri de Brussel  qui le prouve. On y lit : « Le mal que mon frère et Guilelmi  se sont donné afin de rassembler un peu d’argent pour leurs parents ainsi que pour l’église fut en vain…. »
(‘La grande pena che si a dato mio frattelo et il Guilelmi pensando di tirare qualche cosa per li suoi parenti e poi per la nostra chiesa sono state tute invane…’)

Scaciga et Cavalli trouvent une explication à ceci : « Le créateur mourut, mais son secret survécut. C’est Johann Anton Farina qui aurait hérité de la recette qui lui-même l’aurait transmise à Johann Maria Farina, nom encore utilisé à l’heure actuelle. »

3.) Scaciga et Jean Marie Joseph Farina de Paris
C’est ainsi que se termine « l’histoire de Féminis » racontée par Scaciga, mais il poursuit l’histoire concernant l’Aqua di Colonia et c’est alors que l’on peut démasquer l’origine de ses sources. Etant donné que certains extraits sont très parlants, il convient de les citer :
« Si l’on peut mesurer le succès d’un produit au nombre d’imitations qu’il en existe, alors il n’y a que peu de produits ayant atteint le niveau de l’Acqua di G.P. Féminis eut à faire à un nombre impressionnant d’imitations. Jean Marie Joseph Farina né à Santa Maria Maggiore et par la suite naturalisé français, eut du succès auprès de la royauté française, anglaise, prussienne et allemande. Il fut de plus nommé en tant que livreur officiel de ces différentes cours et il lui fut alloué le droit de porter les armoiries de la cour lors de ses livraisons.  Le 18 août 1810, la commission parisienne responsable des remèdes lui accorda une approbation spéciale, et il reçut également  les louanges flatteuses de la part de Prerey, Beyeux, Bertholet, Lefaivre, Broussais, Pelletan, Distel et Capuron, des puissants professeurs en médecine, en chirurgie, en chimie, pour la plupart membre de l’institut. Tout ceci est bien évidemment un hommage sublime aux vertus de cette eau.

Même si Farina pouvait se vanter de posséder un secret, il dût mener une lutte acharnée contre les contrefaçons. D’autres secrets furent vantés et ainsi d’autres produits furent nommés Acqua di Colonia. Mais il était temps que Paris se rende compte qu’aucun autre parfum ne pouvait se mesurer à celui de Farina. C’est pourquoi cette Acqua fut abondamment utilisée lors de la toilette des femmes comme d’ailleurs lorsque les hommes de haut rang prenaient leur bain. On s’en servit pour faire passer des migraines, pour remédier au mal d’oreille, à  la goutte, la rage de dent, aux crampes, à la colique. En résumé, c’était le remède à tous les maux. De telle manière que le producteur avait du mal à subvenir à la demande croissante. Le nom Acqua di Colonia seul ne suffisait plus pour contrer les autres produits sur le marché. Les parisiens étaient avides d’Acqua di Colonia de  Giovanni Paolo Feminis et de nombreux distillateurs n’hésitaient pas à se faire un profit  non négligeable en produisant des contrefaçons.

Farina poursuivit ces personnes en justice. Il y eu de nombreux procès, de nombreux jugements et à chaque fois, il en sortit vainqueur. Le premier jugement porte la date du 24 août 1814 et concerne un dénommé Senaux Cantio à  qui il lui fut interdit d’utiliser le symbole du commerce de Farina. Etant donné que j’ai cité les 16 jugements, j’espère que le lecteur ne s’offusquera pas du fait que je ne liste pas toute l’argumentation avancée. Je répète néanmoins que la multitude de reproductions et de contrefaçons tendent bien à prouver la popularité  du produit et pourraient ainsi être considéré comme le triomphe de créateur. Plusieurs procès eurent lieu, et le dernier fut intenté à un juif qui acheta le nom de Johann Maria Farina  à un apprenti forgeron dans la région de Milan pour ensuite s’installer à Paris où il rivalisa avec l’héritier de Johann Paul Féminis. La pugnacité du Vigezziner dépassa les attentes et il réussit à faire échouer les plans du juif. »

A la fin de cette étude, Scaciga s’étend plus particulièrement sur le thème des contrefaçons. Dans le cadre de cette recherche, de telles considérations ne sont pas nécessaires et présentent que peu d’intérêt, car comme expliqué ci-dessus, les détails ne peuvent  uniquement provenir de Jean Marie Joseph Farina de Paris.

3. Dottore Giacomo Pollini:
Notizie Storiche, Statuti Antichi, Documenti e Antichita Romane di Malesco. Torino 1896.

Pollini est un auteur qui se concentre sur l’histoire de sont lieu d’origine, Malesco,  situé dans la vallée du Vigezzo. Ce qui frappe, est qu’il ne dédie pas de chapitre à Féminis. A plusieurs reprises en revanche, il mentionne comment Jean Marie Joseph Farina de Paris influença les récits historiques italiens, et   en particulier  ceux en rapport avec l’histoire de Féminis. Entre autre, Pollini rapporte que plusieurs habitants de la vallée du Vigezzo se sont expatriés en France, en Suisse, en Autriche et en Allemagne. Il continue :

« Il s’agit surtout de personnes venant de Toceno, de Santa Maria Maggiore et de Crana qui grimpèrent l’échelle sociale pour finalement se trouver tout à fait en haut. Le plus connu de tous était un dénommé Johann Paul Féminis né à Crana, décédé en 1736, et connu comme étant le créateur de l’Aqua di Colonia. Pendant les mois d’hiver, il était connu à Cologne et dans les environs pour ses services de ramonage ; et le reste de l’année, il tenait un commerce de mercerie. Sa vie se déroula ainsi jusqu’à se qu’il fasse la rencontre d’un soldat de retour des Indes qui avait été au service d’un colonel de l’armée anglaise, et qui lui révéla la recette d’une eau miraculeuse. Cette eau dont le parfum embaumant fit le plaisir de tous, eut un grand succès et  se trouve d’ailleurs toujours en vente sous le nom de Acqua di mirabile di Colonia de Johann Maria Farina, originaire de Santa Maria Maggiore dans la vallée du Vigezzo, et un descendant de Féminis. »

Il est intéressant de voir que le colonel décrit par Scaciga se transforme en simple soldat au service d’un colonel. Il est possible que ce changement fut effectué de manière à rendre l’histoire plus plausible, sachant que cela semble quelque peu improbable qu’un colonel ait cherché à entrer en contact avec un simple marchand. Fort intéressant, est que Pollini ait cité ses sources dans ses notes de bas de page. On y lit : « C’est un ami à Farina qui m’a raconté cette histoire. Il s’agit d’un certain Gio Francesco Nino de Druogno, décédé en 1877 à l’âge de 88 ans. »

Dans ce contexte, il ne faut pas manquer de citer un autre extrait de Pollini qui indique comment Jean Marie Joseph Farina était perçu par ses contemporains. Voici le passage concerné : Une grande partie des habitants du Vigezzo réussirent à épargner des sommes importantes, quelques uns avaient d’ailleurs quelques millions de côté qu’ils dépensèrent pour eux et leur famille, le plus souvent dans leur village d’origine. Les dépenses prirent le plus souvent la forme de réparations ou d’agrandissement des logements. Les investissements se remarquèrent également de la ville de Masera jusqu’à Trontano où de belles villas furent construites.

Près de Masera, il y a deux villas en particulier qui valent la peine d’être mentionnées. L’une appartenait à un dénommé monsieur Johann Maria Farina inventeur de l’Eau de Cologne et dont la villa impressionnante reflétait le succès incontestable ;  l’autre appartenait à un certain monsieur Cav. Felice Mellerio de Craveggia qui s’était lui aussi fait construire une villa impressionnante.

Conclusion

Il est ainsi possible de dire que les propos des trois écrivains du XIXème ont sans aucun doute été influencés par Jean Marie Joseph Farina de Paris. Dans le livre de « Carlino and other Stories » de John  Ruffini, on découvre la véritable influence que Jean Marie Joseph Farina exerçait sur la population de la vallée du Vigezzo. Du vivant de Jean Marie Joseph Farina, Ruffini se rendit en personne dans la région du Vigezzo, ou il fit la connaissance du fameux homme qui l’accueillit très chaleureusement.  Dans son livre, Ruffini décrit dans un premier temps ses impressions générales lors de sa découverte de cette vallée et c’est seulement par la suite qu’il mentionne Jean Marie Joseph Farina. Lors de son arrivée à Domodossola, Ruffini se renseigna auprès de son hôte de manière à savoir  où il pourrait trouver un guide capable de lui faire faire le tour de la vallée. C’est le nom de Battistino, un homme au service de Jean Marie Joseph Farina qui lui fut indiqué et donc en sa compagnie qu’il entreprit de se rendre à Santa Maria Maggiore. C’est lors de leur randonnée que Ruffini découvrit la véritable image de Jean Marie Joseph Farina auprès du peuple. A peine furent-ils entrés dans la vallée, que l’immense demeure de monsieur Farina s’imposa à aux. C’est avant tout l’apparence luxueuse témoignant de la fortune de l’homme qui les accapara.

„I was struck by the appearance of a very handsome country-house, which stood on a lofty eminence facing us, surrounded by noble terraced gardens. The mansion commanded the same extensive views of the beautiful valley that strike the traveller so forcibly from the bridge of Crevola. I pointed out this dwelling to my guide with an inquiring look. „Palazzo del Signor Padrone“, was his answer. „Your padrone then is rich?“ „Hu!“ returned Battistino with a lengthened exclamation, waving his hand expressively up and down. „Tanto ricco! – ricchissimo! Tanto seior!“ And this was followed by a long and eloquent eulogium, or history, unfortunately lost upon me, with the exception of the words „Generoso, generosissimo – da Paris.“

(traduction)
« Je fus frappé par la vision d’une élégante résidence secondaire  érigée sur un vaste terrain entouré de jardins en terrasse. De ce manoir, on avait une vue sur la vallée tout aussi impressionnante que celle du pont de Crevola. Intrigué et curieux, j’attira l’attention de mon guide à ce bâtiment. „Palazzo del Signor Padrone“ fut sa réponse. Votre « padrone » est donc fort aisé ? « Ah ! » fut sa réponse qu’il accompagna d’amples gesticulations. „Tanto ricco! – ricchissimo! Tanto seior!“  Puis il se lança dans un long monologue sans doute lié à l’histoire de cette homme, malheureusement je ne compris que les mots : „Generoso, generosissimo – da Paris.“

Alors que les deux randonneurs se rapprochaient de la ville de Santa Maria Maggiore, les cloches de l’église sonnèrent, ce qui donna une nouvelle occasion à Battistino de faire l’éloge de son maître :

„As we advanced, the sound of a fine-toned church-bell came wafted on the air. It sounded like a rejoicing peal. Battistino became excited, and contrived to make me understand that the bell, the great bell, was a gift from his padrone to the church.”

(Traduction)
« tandis que nous avancions, un lointain son  de cloches retenti. C’était comme une sonnerie réjouissante. Battistino, saisit par l’excitation, s’efforça de m’expliquer tant bien que mal que cette cloche était un cadeau de son maître à l’église. »

Un fois à Santa Maria Maggiore, Ruffini et Battistino se rendent à l’église. Là encore, le nom de Jean Marie Joseph Farina est mentionné dans le texte de Ruffini, mais cette fois-ci, c’est son rôle auprès du peuple qui est souligné.

„I was going to propose that we should leave the church, when a numerous company entering, relieved me from the attention of the congregation, and I remained a forgotten observer. The new-comers were two young couples, surrounded by their respective friends, coming to the altar to receive the nuptial benediction. „Pepine and Ghita, Giovanni and Maria!, said my guide in an undertone, as he pointed out the couples, and he went on to make me understand that his padrone had given the dota (marriage-portion). His enthusiasm now seemed to lose all power of expression in words, and to concentrate itself in his two bright eyes, while I thought to myself: „This padrone of him must be a rare character – a rich and liberal man dispensing his wealth in shedding happiness among the simple population of this retired valley.“

(traduction)
« J’étais sur le point d’initier notre départ, quand un groupe d’une certaine taille entra, détournant ainsi à mon avantage l’attention de la congrégation. Je décida donc de rester. Le groupe des nouveaux arrivés était composé de deux couple et de leur amis respectifs, et tous se dirigèrent vers l’autel pour recevoir la bénédiction nuptiale. « Pepine et Ghita, Giovanni et Maria ! », me communiqua discrètement mon guide  en désignant les deux couples. Il me fit également comprendre que c’était son patron qui avait pourvu la dote. A ce moment-là, il me sembla qu’il fut comme transporté par son sentiment d’admiration et d’enthousiasme qui se lisait distinctement sur son visage. Et pendant ce temps-là je me dis : «Son maître doit être une personne exceptionnelle – un riche libéraliste, qui prend du plaisir à répandre son  bien parmi les habitants de son village. »

En quittant l’église, Ruffini observa le respect et la reconnaissance des habitants envers Jean Marie Joseph Farina : « A la porte de l’église, une foule se rassembla autour  du maître de Baisstino et les différents individus lui firent  part de leur gratitude et de leur reconnaissance. Cet homme à caractère paternel reçut ces compliments avec le sourire, puis  il prit congés du groupe. »

Devant l’église Ruffini fait connaissance avec Jean Maria Farina qui fait preuve d’hospitalité en l’invitant chez lui. Ensemble, ils quittent  Santa Maria Maggiore en la voiture. Pendant le voyage, Battistino qui dirigeait les chevaux, profite de leur trajectoire pour indiquer à Ruffini une route qui mène de Domodossola à Santa Maria Maggiore. Etant donné que Ruffini ne semble pas comprendre d’emblée, Jean Marie Joseph Farina précise en expliquant : « Battistino essaie d’expliquer que c’est moi qui ai fait construire la route entre Santa Maria Maggiore et Domo. Il y a quelques années il n’existait qu’un chemin non entretenu. Etant donné que je vis dans la région, j’étais l’un des plus intéressés »

Ainsi, Jean Marie Joseph Farina fait bonne impression sur Ruffini qui ne peut que percevoir cet homme d’un bonne œil : « Cela ne me mit pas le moindre mal à l’aise de demander à mon hôte par quel moyen il avait si brillamment réussi. » « C’est avec grande générosité qu’il offre la charité au plus démunis de son quartier. Il connaît intimement leurs désirs, leurs besoins et leurs sentiments ; c’est pourquoi c’est avec plaisir qu’il offre son soutient à ceux qui le souhaitent. »

Lorsque l’on considère ces quelques extraits du livre de Ruffini, il est tout à fait compréhensible que Jean Marie Joseph Farina fut considéré comme un être exceptionnel connu et admiré à la fois par les habitants de son village ainsi que par toute la vallée du Vigezzo. Etant donné la renommée de cet individu, il semble ainsi normal que les divers écrivains de l’époque prennent l’avis de cet individu en compte.

Il est donc impossible d’analyser les textes des écrivains du XIXème siècle sans considérer les précisions mentionnées ci-dessus ; à savoir l’influence exercée par Jean Marie Joseph Farina sur les auteurs de son époque. C’est en tenant compte de cela que les propos quant à Féminis sont à comprendre.

Analyse des justificatifs historiques des soi-disant tableaux de Feminis

Dr. Karl Kempkes

Analyse des justificatifs historiques des soi-disant tableaux de Feminis

Résumé:
Le tableau original ne représente pas Paolo Feminis mais plutôt Monsieur Dinocheau, un membre de la famille fondatrice de l’église Saint Roch, rue Saint Honoré  à  Paris. Dans l’analyse suivante, le portrait original ainsi que les trois copies seront minutieusement examinés  de manière à démasquer les contrefaçons.

Avant-propos:
Dans l’exposé suivant,


B1 désignera le tableau du Sacristie    B3 désignera le tableau se trouvant dans
de l’église Santa Maria Maggiore,          l’oratoire de Crana qui figure la date de 1833


B2 désignera le tableau se trouvant dans    B4 désignera le tableau se trouvant
l’école Crana (anciennement la mairie),         à l’école de Santa Maria Maggiore


Santa Maria Maggiore, vallée du Vigezzo, Verbania, Italie

Le caractère historique du soi-disant portrait original de Feminis qui se trouve dans le sacristie de l’église paroissiale de Santa Maria Maggiore, fera l’objet d’une étude au cours de laquelle les reproductions simplifieront l’analyse. Une comparaison des différents tableaux incite à un examen plus détaillé étant donné que de nombreux éléments diffèrent. C’est moins la comparaison des portraits, mais plutôt l’étude des inscriptions ainsi que l’organisation des motifs qui importe. En contemplant les images ces détailles ne peuvent que s’imposer à l’observateur. A cela s’ajoute le mur qui apparaît dans l’arrière plan du tableau B2 et l’ébauche d’un plateau de table au premier plan.

Si l’on prend donc ces quatre éléments en considération, on peut en tirer les conséquences suivantes :

  1. Les inscriptions permettent de dire, d’un point de vu objectif, que les tableaux ont été réalisés à des dates bien distinctes. Il n’y a que dans le tableau B2 que l’on remarque une composition harmonieuse. En effet, dans B1 se pose la question de l’authenticité de la cartouche et dans B3, sa forme ainsi que ses dimensions importantes sont des facteurs gênants.
  2. Le plateau de table anguleux figurant dans B1, occupe une place importante au premier plan, tandis que dans B3 les dimensions de cette table sont beaucoup plus modestes et l’artiste n’en laisse apparaître qu’une ébauche à la forme cette fois arrondie.
  3. Lorsque l’on analyse les motifs répétés dans B1 et B3, on constate que se sont deux scènes très distinctes qui ont été représentées. Dans B1 on reconnaît l’ascension  de la Vierge Marie et dans B3 il s’agit de Suzanne agenouillée.
  4. Dans B1 et B3 l’arrière-plan est représenté de façon similaire seulement dans le tableau B3 on constate l’existence d’un mur qui s’harmonise d’ailleurs très bien avec la représentation de Suzanne agenouillée. Dans B1 en revanche, la représentation de la vierge semble quelque peu incongrue et inadéquate et cela gène l’observateur.

Ces différences qui sautent aux yeux dès la première observation serviront de point de départ à l’analyse de ces différents tableaux.

I. Les inscriptions

a) La comparaison des inscriptions des différentes images

Si l’on admet que les tableaux ont été créés à la même époque, et que B1 est le tableau initial, les autres étant donc des copies, il faut pouvoir fournir une explication quant aux inscriptions qui divergent fortement les unes des autres. Dans le tableau B2, l’inscription ne nécessite pas davantage d’explications car elle se mêle particulièrement bien à la composition. Mais comment expliquer l’inscription quelque peu maladroite figurant dans le tableau B3 ? Il est indéniable que le tableau B1 a servi de modèle au tableau B3. Lors de la réalisation de cette copie (qui d’après l’inscription date de 1833) l’artiste s’est efforcé de reproduire le personnage dans les moindres détails, il est donc surprenant de voir la maladresse avec laquelle il a rendu l’inscription. Il serait faux de croire que le copiste n’ait prêté aucun intérêt à l’inscription et qu’il l’aurait rajouté par la suite. Une telle supposition remettrait par ailleurs en question tout se qui a été évoqué jusqu’à présent quant à l’authenticité du tableau d’origine.  Le fait que les inscriptions B1 et B2 divergent si radicalement permet d’avancer avec certitude l’hypothèse que la réalisation de ces deux œuvres n’eut pas lieu à la même époque. L’analyse textuelle de l’inscription soutient d’ailleurs cette même thèse.

b) Les différentes inscriptions

De manière à mieux repérer les différences entre ces deux textes, il est utile de les mettre côte à côte :

B1 B2 B3
Paolo Gio Palo Gio Paolo
Femminis Feminis Feminis
da Crana di Crana di Crana
mercante mercante mercante
e fabbricatore distillatore distillre
d’acqua d’acqua d’aqua
mirabile ammirabile ammirabile
in Colonia in Colonia in Colonia
benfattore prinle prile
principale benefattore benre
della Vda chiesa della chiesa dell chiesa
parrocchiale parrocchiale pa
di Sta Maria di Sta Maria di Sta M
Maggiore Maggiore Mag
del Vdo oratorio e del proprio del oratorio
reedificatore
dell oratorio
e casa comunale e casa del comune a casa comona
di Crana di Crana di Crana 1833

Dans B1, c’est l’orthographe du nom Feminis épelé avec deux « m » que l’on remarque dans un premier temps. De son vivant, Feminis écrivait son nom avec un seul « m » et les registres de la ville ainsi que des correspondances personnelles ne le figure également que sous cette orthographe. Si ce tableau avait donc été réalisé lors du vivant de Feminis, il aurait sans doute tenu à se que son nom soit épelé correctement. Au 19ème siècle, on retrouve d’autres exemples du nom écrit avec deux « m ». Dans un contrat familial signé le 9 Septembre 1818 à Paris par Jean Marie Joseph Farina, son père et son frère, le nom Feminis, écrit avec deux « m » apparaît à deux reprises. C’est de plus le nom de « Paolo », celui qui figure dans B1 et non  « Gio Paolo » qui est mentionné. Sur la plaque commémorative de la chapelle ‘Rosenkranz’ de Santa Maria Maggiore, posée en 1846, le nom de Feminis apparaît avec deux « m ». Une autre occurrence  de cette orthographe se retrouve dans l’inscription  de la plaque posée devant la maison où Feminis serait né. Cette écriture du nom ‘Feminis’ peut ainsi être géographiquement et temporairement précisément définie. Il est de plus intéressant de voir que l’inscription du tableau B3 s’est inspirée du tableau B2 et non B1. Les indices sont les mots/les noms suivants: « Gio Pablo », « Feminis », « distillatore », « ammirabile » et l’antéposition de « principale » par rapport à « benefaktore ».

Il est difficile de savoir si B2 s’est inspiré de B3. D’autres éléments indiquent également  que les inscriptions figurants sur les portraits ainsi que les portraits eux-mêmes datent de deux époques différentes. De plus, les caractères utilisés pour formuler l’inscription du tableau B2 sont caractéristiques d’une époque beaucoup plus jeune que celle à laquelle le portrait fut réalisé.

c) Le contenu des inscriptions qui apparaît dans les tableaux

Le contenu des inscriptions est le même dans tous les tableaux. B1, B2 et B3 relatent les donations de Feminis au profit de l’église paroissiale, de l’oratoire et de la maison paroissiale. Feminis est décrit comme étant le bienfaiteur principale de l’église Santa Maria Maggiore. Toutefois, comme il a été explicité dans un autre chapitre (voir « la fortune de Feminis ») cette soi-disant popularité ne reflète en rien la réalité, de manière à ce que cette inscription n’ai pu avoir eu sa place dans l’église du vivant de Feminis. Cela vaut d’ailleurs également pour les donations à l’oratoire et à la maison paroissiale de Crana.
Autre chose encore semble aller à l’encontre même des inscriptions des trois tableaux : on y retrouve une insistance quelque peu surprenante quant aux donations de Feminis pour la construction de ces édifices. A l’inverse de cela, le tableau B4 se trouvant dans l’école de Santa Maria Maggiore comporte une inscription beaucoup plus modeste où l’on peut lire : « Gio Paolo Feminis, benefattore della scuola di Santa Maria Maggiore ».
En résumé, cette courte enquête montre qu’il n’est pas possible de dire que les inscriptions figurants dans les tableaux aient été contemporaines de Feminis. Pour avancer cette hypothèse, il faudrait auparavant documenter ces écris ; une tâche qui pourrait être qualifiée de quasi vaine.

Ad 2. Le premier plan de B1 et B3

Au premier plan du tableau B1 apparaît de manière frappante une large table anguleuse ; dans le tableau B3 qui se révèle être une mauvaise copie, cette table n’apparaît que de manière très futile, l’artiste n’ayant reproduit qu’un coin d’une table à la forme cette fois arrondie. Cette modification est un apport tout à fait opportun qui enlève un peu de la lourdeur du tableau B1. En revanche, l’inscription apparaît dans B3 de manière très maladroite ce qui semble être quelque peu absurde. Cette contradiction se doit c’est pourquoi d’être expliquée.

Le copiste a l’origine du tableau B3 ne possédait pas une technique de peinture aussi précise ni le talent de l’artiste du tableau B1. Il est possible de plus, que le peintre du tableau B3 ait utilisé un autre modèle que B1, où la table ne figurait tout simplement pas. Cela voudrait alors dire que B1 n’est pas le plus ancien tableau, et donc pas « le portrait original ».

Pour s’apercevoir  que B1 n’est pas le portrait original, il suffit de se pencher un peu plus près. Inutile de faire une radio du tableau, des craquelures visibles à l’oeil nu, trahissent l’histoire de cette toile. Les craquelures apparaissent de manière tout à fait irrégulière: la partie supérieur de tableau en est recouverte, tandis que la partie inférieur en est quasi dénuée. Cette absence de craquelures est un indice précieux, qui tend à prouver que le tableau fut de nombreuses années plus tard retravaillé, et donc que ce que l’on nous donne à voir aujourd’hui n’est pas l’original. Les indices qui prêtent à confusion sont : la table ainsi que l’extrémité de la manche du protagoniste qui sont totalement dépourvues de marques de vieillissement.

Afin d’expliquer cette disparité, il faut bien évidemment considérer plusieurs explications possible. S’agit-il d’une restauration ou plutôt d’un remodelage accomplit selon les techniques de restauration?

B1

On trouve facilement une réponse à cette question lorsque l’on se rend à Santa Maria Maggiore et que l’on prend le temps d’analyser B1. Le tableau a été retendu et également légèrement agrandi, de manière à ce que le tableau soit légèrement plus long vers le bas, précisément là où apparaît la table ainsi que les inscriptions. Etant donné que c’est vers le bas que le tableau fut agrandi avec succès, les inscriptions qui se trouvent dans le coin inférieur droit ne peuvent donc pas être mises en relation avec le tableau d’origine .

Mais quand au juste a cet agrandissement eu lieu ? Comme expliqué précédemment, la copie B3 comporte des inscriptions quelque peu douteuses et peu artistiques qui se mêlent très mal à la composition.  Ceci est un indice de plus qui tend à prouver que le tableau B1 que l’on nous donne à voir aujourd’hui n’est pas celui qui a servi de model à l’artiste du tableau B3. La comparaison des textes montre de plus que le tableau B3 c’est plutôt inspiré du tableau B2 et non de B3. A cela s’ajoute la table qui a dû être ajoutée donc à B1 une fois le tableau B3 terminé.
Quand au juste le tableau B3 fut achevé est également une question qui reste plus ou moins ouverte. La date mentionnée dans B3 est 1833, mais elle ne peut être retenue comme étant exacte. Etant donné les circonstances, les inscriptions ne peuvent pas vraiment être associés au tableau lui-même en se qui concerne la datation. Sur le tableau B1, il est très facile de voir la ligne délimitant l’ancien tableau du rajout que l’on observe au bas de la peinture. On peut d’ailleurs voir une délimitation très claire. Le rajout ne consiste d’ailleurs pas uniquement de toile. En effet, des radiographies montrent très nettement que du papier fut ajouté dans le but d’agrandir la toile. Une analyse spéciale de B1 montre qu’à l’origine ses dimensions étaient exactement les mêmes que  celles du tableau B3.  Les radios permettent également de voir très clairement le plateau de table arrondi, tout comme les pages du livre que le personnage tient de sa main droite.
Cela prouve donc bien clairement que les inscriptions figurants dans le tableau B1 ne furent pas réalisées en même temps que le personnage, mais plutôt à une date nettement postérieur et ceci après la réalisation du tableau B3. Ces inscriptions ne peuvent donc pas être considérées comme des documents officiels.

Ad 3. L’arrière-plan des tableaux

a) L’ascension de la Vierge Marie

Borgnis-Engel

Dans l’arrière-plan du tableau B1 on retrouve la céleste vision de l’ascension de la Sainte Vierge. Cette représentation ressemble d’ailleurs fortement à la peinture de cette même scène que l’on retrouve dans l’abside de l’église paroissiale de Santa Maria Maggiore. C’est la forte ressemblance des deux qui mène à penser que G. Borgnis, le peintre de l’église, est également à l’origine du tableau de Feminis. Quand l’observateur contemple donc le tableau B1 figurant le portrait de Feminis ainsi que les inscriptions en-dessous, il ne peut qu’être mené à croire que le tableau est une unité composée d’un seul trait, et donc que Feminis est bien le principal bienfaiteur de l’église. Mais dans le cas où les inscriptions aient été rajoutées à une date postérieur, cette hypothèse se heurte à un problème.  Etant donné le nombre important de représentations de l’ascension de la Vierge, il est relativement compliqué de savoir quelle peinture servit de modèle à l’arrière plan du portrait de Feminis. Et ceci, surtout lorsque l’on sait que Borgnis fut lui-même s’inspira fortement  de représentations exposées à Venise, à Bologne ou encore à Rome. Si l’on admet, toutefois, que l’arrière-plan du  portrait fut réalisé à l’image de l’abside de l’église de Santa Maria Maggiore, alors la réalisation ne peut pas être datée d’avant 1743 étant donné que l’église fut décorée cette année-là.
Une question qui reste toutefois toujours ouverte est celle de l’artiste à l’origine du tableau. Borgnis s’est il copié lui-même ou bien s’agit-il d’un autre peintre? Lorsque l’on compare méticuleusement les deux représentations il apparaît que la technique utilisée dans le tableau laisse paraître une technique de moindre qualité que celle que l’on observe dans l’église.
La différence majeure qu’il existe entre les deux représentations concerne essentiellement le décolleté de la Vierge Marie. En effet, le style de ce dernier n’était pas contemporain à Borgnis, mais caractérise plutôt une époque ultérieure. Dans l’église de Santa Maria Maggiore  on trouve bien un parallèle  mais dans la chapelle rosaire. C’est Jean Marie Joseph Farina de Paris qui entre 1840 et 1846 commanda cette fresque pour laquelle il mit 4000 lires à la disposition de l’église.
b- Suzanne agenouillée.
De manière relativement étonnante, B3 en tant que copie de B1- ne reprend pas le motif de l’ascension de la Vierge dans son arrière-plan ni d’ailleurs aucun autre motif qui pourrait nous aider quant à la datation des inscriptions du tableau de Feminis. Au lieu de cela, on devine dans l’arrière-plan du tableau B3 la représentation peu significative de Suzanne, qui agenouillée, implore sa grâce auprès de Dieu.
Pourquoi donc le motif n’a-t-il pas été retenu? Cela n’a-t-il dérangé personne à Crana ? Il est possible que le copiste ait considéré la représentation de cette scène comme étant trop fastidieuse et se soit donc décidé d’utiliser une quelconque autre scène. Même s’il était possible de prouver cette supposition, la question du choix de cette scène resterait ouverte. Il est difficile de comprendre pourquoi l’artiste a choisi de représenter Suzanne agenouillée étant donné qu’il existait à Santa Maria Maggiore même ainsi que dans les environs suffisamment d’autres motifs qui auraient pu servir de modèle. Dans la partie supérieur de B3 on constate de plus un nuage dont la présence reste inexpliquée. Serait-il possible que l’artiste voulait représenter l’ascension de la Vierge à cet emplacement ?
Ainsi, la contemplation de l’espace autour des motifs peu s’avérer être d’une grande importance, et une analyse attentive de B1 et B3 mènera l’observateur à remarquer que l’angle d’un mur apparaît dans les deux tableaux, un détail qu’une analyse critique ne saurait ignorer.

Ad 4.  Le mur apparaissant dans l’arrière-plan

Lorsque l’on observe le tableau B1, l’angle du mur s’élevant verticalement doit être perçu comme un élément dérangeant. Il y a une disparité entre la représentation de l’ascension de la Vierge et l’angle sombre de ce mur. Dans aucune autre composition de G. Borgnis retrouve-t-on une telle rupture dans la composition . Que vient donc faire ici ce mur qui s’harmonise soit avec l’expression sérieuse de visage de Feminis, mais diverge radicalement de la représentation divine de l’ascension de la Vierge ? S’agit-il de la pièce dans laquelle se trouve le personnage, ou plutôt de l’église qui fut construite grâce aux donations de Feminis? Peu importe l’angle sous lequel on le regarde, le mur demeure un élément perturbateur dans l’ensemble de la composition et le nuage qui met fin à la progression du mur apparaît plus artificiel et étrange qu’artistique.
Dans le tableau B3 au contraire, le mur n’a pas un caractère dérangeant ; mis à part la présence du nuage  qui fut très certainement un rajout de dernière minute. L’expression et l’attitude sérieuse de la personne représenté et le mur anguleux jetant son ombre noir dans l’arrière-plan  se fondent très bien avec la représentation de Suzanne agenouillée, implorant Dieu de lui laisser la vie sauve.
Lorsque l’on compare donc B1 et B3, il apparaît clairement que l’artiste à l’origine du tableau B3 disposait d’une technique de peinture moins perfectionnée que l’artiste de B1, toutefois, B3 fait preuve d’une unité d’ensemble tandis que B1 en est dépourvu. La composition de B1 met donc à jour une certaine contradiction qui elle met en relief le fait que la représentation de l’ascension de la Vierge n’est qu’un élément  artificiel ; et sûrement un rajout.
Si donc l’arrière-plan ainsi que les inscriptions ne sont que des rajouts postérieur à la réalisation du tableau, se pose également la question de l’authenticité même du personnage représenté et également de la provenance du tableau.

Pour comprendre le lien existant entre ce tableau et l’Eau de Cologne Feminis, il n’est pourtant pas indispensable de connaître la réponse à cette question et l’historique précis de cette peinture.
Il suffit de savoir que les inscriptions qui apparaissent sur le tableau B1 furent rajoutées à une date postérieur, ceci ayant été vérifié et prouvé par des analyses radiographies. L’endroit où le tableau fut retravaillé est de plus visible à l’oeil nu, la partie inférieure est totalement dénuée de craquelures cette partie du tableau ayant été retravaillée une centaine d’années plus tard.

Après cette courte analyse scientifique des tableaux de Feminis il est maintenant possible de tirer les quelques conclusions suivantes :
1) Le tableau que l’on croyait jusqu’à présent être le portrait originale de Feminis n’est qu’en fait un simple buste remodelé.
2) Il n’existe pas la moindre preuve que le personnage figurant dans B1 ainsi que toutes les autres représentations soit Feminis.
3) Il est faux de croire que Giuseppe Borgnis est l’artiste à l’origine de ce tableau.
4) Les modifications apportées aux tableaux ont eu lieu au XIX siècle.
5) D’où viennent les tableaux de Feminis ?

Il apparaît ainsi clairement que ces tableaux sont des tromperies. Ni le personnage représenté, ni l’artiste supposé, ni le lieu visible dans l’arrière-plan ne sont des éléments auxquels nous pouvons nous rattacher.

Quant aux origines de ces tableaux, il est possible de dire qu’ils furent mis en relation avec le personnage de Feminis à partir du moment où les inscriptions furent rajoutées. Ces inscriptions sont par ailleurs nettement plus récentes que les tableaux eux-mêmes, et cela se laisse vérifier aux craquelures qui apparaissent sur la partie plus ancienne des tableaux. Enfin les lettres qui figurent sur ces toiles sont anachroniques et à dater d’une centaine d’années plus tard, ce qui encore une fois met en relief une certaine incompatibilité.

Lorsque l’on considère donc les faits et l’époque à laquelle ils eurent lieu, il n’existe qu’une seule personne qui pourrait être à l’origine de tout cela : Jean Marie Joseph Farina de Paris.
Lorsque l’on se rend au lieu de résidence du Farina de Paris, on découvre quelques éléments d’une grande importance quant à la compréhension du tableau B3. Ici, nous découvrons une explication quant à la représentation de Suzanne agenouillée dans l’arrière-plan du tableau, un motif qui semblait contraster avec le portrait représenté.
Dans la rue Saint Honoré, là où le parisien Jean Marie Joseph Farina résidait, se trouve l’église Saint Roch. L’histoire de cette église, du moins la partie qui nous intéresse, est la suivante :
En 1521 un marchand parisien, Jean Dinocheau, fit construire une petite chapelle dans ce qui était anciennement connu comme la banlieue Saint Honoré, et il la dédia à Sainte Suzanne. En 1577, le neveu du fondateur, Etienne Dinocheau, fit de cette chapelle une église et choisit Saint Roch comme  saint patron. En 1629 cette église devint l’église paroissiale et elle fut de nouveau agrandie de 1653 à 1740. Lors de cet agrandissement, on construisit une chapelle dédiée  à Sainte Suzanne en hommage aux origines de l’église. Dans cette chapelle, on retrouve un vitrail doté de la date 1710, l’année de construction, et au-dessus de l’autel, se trouve un tableau de taille importante, mettant en scène Sainte Suzanne menacée et agenouillée sur un sol de pierre, priant Dieu de bien vouloir la secourir.

Lors de la révolution française, l’église Saint Roch se trouva au centre du quartier subversif de Paris. A cette époque se trouvait dans la rue Saint Honoré un cloître où se retrouvaient tous les groupes révolutionnaires tels les Jacobins ou les Feuillants. C’est dans ces rues que circulèrent les charrettes qui transportaient les malheureuses victimes de la révolution de la Conciergerie au poteau d’exécution Place de la Concorde. Et c’est à cette époque que le palais des tuileries fut occupé, et c’est sans aucun doute en face de l’église Saint Roch que le Général Bonaparte, le 13 Vendéminaire de la 4ème année révolutionnaire, échoua contre l’insurrection des royalistes. Sur la façade de l’église on peut aujourd’hui encore voir des trous de balles. Pendant cette période de troubles, l’extérieur et également l’intérieur de l’église fut abîmé.
Après la révolution les dégâts furent progressivement réparés, et la chapelle de Sainte Suzanne restaurée. C’est un dénommé Norblin qui réalisa les croquis puis qui peint la toile dédiée à Sainte Suzanne. Cette œuvre qui mesure 3,20 m de large sur 3,65 m de haut se trouve aujourd’hui au-dessus de l’autel à l’emplacement exact de l’ancienne représentation.

Lorsque l’on observe le tableau, qui est d’ailleurs une reproduction de l’ancienne peinture, on observe du côté gauche l’angle d’un mur qui est sans aucun doute le mur qui apparaît dans le tableau B3. Cela explique donc la présence du mur dans les tableaux B1 et B3.

Saint Roch, Paris

B3 L’angle du mur et la représentation de  Suzanne

Il est donc sûr que la restauration de l’église Saint Roch eut lieu après les perturbations liées à la Révolution, et que le tableau B1 servit de modèle à la réalisation de B3 qui devait servir de remplacement dans la chapelle dédiée à Sainte Suzanne. Ces tableaux ne furent toutefois pas utilisés, et c’est Jean Marie Joseph Farina de Paris qui les récupéra. Il les fit restaurer à sa manière, ajoutant des inscriptions, et c’est ainsi qu’un tableau figurant sans aucun doute Monsieur Dinocheau, le fondateur de l’église, fut transformé en peinture faisant l’éloge d’un dénommé Feminis.

Deux tableaux ne suffirent pourtant pas au parisien Farina pour mener à bien sa campagne publicitaire. C’est pourquoi il fit refaire le portrait, mais cette fois- ci dépourvu de tout motifs. Seules de belles inscriptions ornent ce tableau, qui n’est autre que B2. Quant au tableau B1 et B3, il les exposa dans le pays d’origine du supposé Feminis.
C’est le tableau B2 qui servit d’exemple à la réalisation de la publicité figurant l’image de Feminis.

         
Image publicitaire de Jean Marie Joseph Farina, Paris 1818, doté du portrait de Feminis extrait du tableau B2